
À la suite du premier épisode de corona virus, et après que de nombreux pays aient été confinés, on parle de relancer l’économie. L’économie est présentée comme un organisme autonome que l’on doit nourrir et protéger, un organisme dont on ne peut changer le fonctionnement.
Je ne comprends pas cette approche.
Je comprends qu’il existe, dans la nature, des lois physiques, biologiques et chimiques que l’on doit respecter et qui, bien que l’on tente ardemment, ne peuvent être modifiées. Par exemple, la combustion des énergies fossiles produit du dioxyde de carbone (CO2) et de la vapeur d’eau. Ces gaz renforcent l’effet de serre, réchauffant ainsi le globe. Cela conduit aux dérèglements climatiques qui affectent la vie sur terre – la nôtre comprise. Le climat terrestre est un système complexe que nous, les hommes, influençons. Mais, nous ne pouvons pas décider, du jour au lendemain, l’interruption ou la disparition de l’effet de serre –du CO2 – entre autres. On ne peut pas changer les fondements des lois naturelles. C’est pourquoi, je comprends que l’on doive mettre en œuvre tout ce qui est possible pour préserver la stabilité de notre climat, et donc enrayer rapidement les émissions des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
“Il existe, dans la nature, des lois physiques, biologiques et chimiques que l’on doit respecter et qui, bien que l’on tente ardemment, ne peuvent être modifiées.”
La même chose est valable pour la biodiversité. Par exemple, les systèmes complexes, que sont les écosystèmes de la planète, sont affectés par la pollution. L’utilisation de pesticides détruit les écosystèmes du sol, tels que l’interactions entres plantes, bactéries et champignons. A long terme, cela diminue la résistance aux maladies et réduit la capacité du sol à retenir l’eau. Donc, dans ce cas, je comprends également que cela ait du sens de relancer des approches qui préservent la biodiversité.
En revanche, je ne comprends pas l’incitation à consommer de nouveau – et si possible beaucoup – pour relancer l’économie. Bien sûr le système économique est très complexe, et des personnes risquent de perdre leur emploi, et qui de ce fait, risquent de se retrouver avec leur subsistance menacée. Mais c’est précisément ici que je ne comprends plus.
L’économie n’est-elle pas un système que nous, les hommes, avons créé de toutes pièces ? Un système dont le but est de faciliter les échanges et d’assurer notre subsistance ? Pourquoi devrait-on relancer la consommation – et probablement l’hyper consommation – pour assurer notre survie ? Pourquoi devrait-on nous maintenir employés et acteurs de la pollution de l’environnement, dans le but assurer notre survie, qui, précisément, est menacée par notre activité et notre comportement d’hyper-consommateurs ?
Bref, ce que je ne comprends pas c’est ce paradoxe que nous nous évertuons à ériger : pour nous maintenir en vie, nous pensons que nous devons nourrir le système économique, qui pourtant tel qu’il est aujourd’hui, détruit notre environnement et de ce fait, nos conditions de vie. Cela semble inéluctable, et l’on en parle comme s’il n’y avait pas d’autres possibilités, et que nous devons simplement l’accepter.
“Au contraire, il y a des choses que nous pouvons totalement modifier : la manière dont nous choisissons de nous organiser ensemble, en tant qu’êtres humains.”
Ce que je comprends cependant, c’est qu’il y a des choses que nous ne pouvons pas changer. La vie et la mort, ou une explosion volcanique par exemple. Nous pouvons, jusqu’à un certain point, les influencer, nous adapter –avec des médicaments, des mesures ou des prévisions – mais, nous ne pouvons pas en changer les fondements.
Au contraire, il y a des choses que nous pouvons totalement modifier : la manière dont nous choisissons de nous organiser ensemble, en tant qu’êtres humains. Cela peut tout à fait être modifié. Nous avons le plein pouvoir de trouver les solutions résilientes qui garantissent la qualité de notre vie et survie. Nous avons le pouvoir et la possibilité d’agir sur les systèmes que nous avons nous-même construits. Nous avons les capacités de trouver les façons de nous organiser qui font que nous vivons bien, tout en respectant les limites du globe, et la vie sur terre. Il y a tant de joie à trouver ce dont nous avons réellement besoin et à chercher comment nos besoins fondamentaux peuvent être satisfaits sans menacer l’équilibre qui nous assure la vie sur terre.
La crise du corona nous a prouvé que, du jour au lendemain, nous pouvons, en tant que société, nous réorganiser totalement. Ainsi, nous pouvons nous interroger : Que voulons-nous en tant qu’individus et société ? De quoi avons-nous besoins pour être bien ? De l’économie, telle que nous la connaissons aujourd’hui ? Est-ce cela qui est indispensable ? Ou bien y-a-t-il des besoins plus fondamentaux que nous devons identifier et combler ? Par quels moyens ? Comment modifier notre société pour assurer des conditions de vie robustes et satisfaisantes à l’intérieur des limites qui nous sont imposée sur la planète ?
“Nous avons besoin de relance, mais regardons profondément, honnêtement et avec lucidité pour relancer (ou lancer) ce qui a du sens.”
Nous pouvons, par exemple, discuter et réfléchir ensemble aux fonctions qui ont besoin d’être remplies, et comment nous pouvons nous répartir le travail nécessaire au bon fonctionnement de notre société. Ainsi, nous pouvons manquer de main d’œuvre pour aller récolter les fruits et légumes, alors que, dans le même temps, beaucoup souffrent d’un travail trop sédentaire. Comment nous organiser intelligemment pour éviter ce type de problèmes ? On pourrait imaginer une semaine de travail équilibrée entre un travail sédentaire et un travail où le corps est plus sollicité. En outre, si nous arrêtions de produire tant de choses dont nous n’avons pas réellement besoin, comment les personnes concernées par ces secteurs de production, pourraient-elles utiliser leurs compétences pour contribuer différemment à la société ? Par ailleurs, si moins de choses sont produites, avons-nous besoin de travailler autant ? Comment pouvons-nous utiliser notre force créative pour générer plus de joie et de qualité de vie pour tous ?
Je me réjouis que ce soit de cela dont nous parlions plutôt que de reprendre la vieille rhétorique qui consiste à vouloir relancer l’économie et ramener inlassablement au fonctionnement, qui on le sait, nous condamne. Je suis d’accord, nous avons besoin de relance, mais regardons profondément, honnêtement et avec lucidité pour relancer (ou lancer) ce qui a du sens.
C’est à quoi nous nous engageons avec Inoli.
Merci à Gérard et Denise pour leur relecture.
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